Revoir nos idées reçues

J’ai présenté ce clip de Hans Rosling à mes étudiants du cours de négociation. Pour corriger une impression qu’aurait laissé une remarque que j’avais faite plus tôt au sujet des coûts de main-d’oeuvre en Chine. Mais le contexte n’est pas si important ici. Par contre, il faut absolument prendre 15 minutes pour écouter ce que Rosling veut nous dire. Les étudiants ont été rivés à l’écran.

J’en retiens surtout que le monde (en développement) évolue à une vitesse que nous ne soupçonnons pas. Nous devons revoir nos préjugés. Surtout des gens comme moi, qui ont été formés il y a un peu plus de vingt ans et qui ont la tête farcie de faits qui ne tiennent plus la route.

Il y a cette image — spectaculaire — vers la fin du clip où Rosling présente l’évolution de la distribution des revenus en Chine vs US. Une image qui donne une impression viscérale de l’importance de cette économie qui est en train de… tout changer?

Chinaus

Il y a cet incroyable logiciel.

Et cette métaphore tellement vraie, qui se trouve dans un autre clip. Où Rosling parle de la beauté de la "Nocturne" de Chopin. En présentant la feuille de musique. Pour nous faire comprendre que le language des experts n’est pas la seule, ni la meilleure façon de communiquer une idée.

Rosling est un virtuose de l’interprétation des données.


Marketing et bouddhisme ont un point en commun

Le marketing vise à satisfaire les besoin des consommateurs. Ceux qui sont familiers avec notre discipline sont familiers avec des modèles de mesure de la satisfaction où on exprime la satisfaction comme l’écart entre l’expérience vécue, d’une part, et le niveau des attentes, d’autre part. Plus l’écart est grand, plus le consommateur est satisfait. Et bien évidemment, l’industrie concentre ses efforts sur les moyens de parvenir à l’expérience la plus satisfaisante possible.

Au risque de simplifier, la philosophie bouddhiste fait aussi la promotion du bonheur. En adoptant une approche diamétralement opposée — on réduit le niveau des attentes; on trouve le bonheur dans les conditions d’expérience telles qu’elles sont. En faisant remarquer que l’approche matérialiste aboutit à une spirale ultimement déprimante.

Je mentionne parce que TED vient de publier un vidCast de Matthieu Ricard, un moine bouddhiste. Intéressant. TED est l’acronyme de Technology, Entertainment et Design.

Je ne sais pas s’il faut interpréter cette invitation (et les conférences courues du Dalai Lama) comme une indication que la rhétorique Bouddhiste colle aux intérêts du moment. Ou plus simplement que la question de la recherche du bonheur, peu importe l’approche, mérite que l’on s’y attarde. Ricard est décrit comme un spécialiste du bonheur; la littérature scientifique sur le thème du bonheur est en croissance.

Ci-dessous l’évolution du nombre de requêtes sur les mots marketing et happiness selon google.com/trends. Les échelles sont trompeuses — il y a beaucoup plus de requête sur le mot marketing que sur le mot happiness. Mais les tendances sont là.

Happy

Mktg 


Un virage?

Digg relaie ce billet paru dans Ars Technica, à propos du lancement de l’ultra-portable d’Asus. L’auteur écrit que cette machine pourrait être un "game-changer"  — en français: pourrait redéfinir l’industrie.

En deux mots, Asus est une entreprise qui faisait des cartes mères (motherboards) et des ordinateurs portables. Devenue au fil du temps une entreprise importante. Et qui vient de lancer un ultraportable. Ce qui a provoque l’émoi est que cet ultra portable ne se vend pas $2000 comme on en voit depuis plusieurs années (voir www.dynamism.com pour quelques exemples) mais à moins de $500. Pas de disque dur mais de la mémoire flash. Et un système Linux.

On trouvera quelque part sur Internet des commentaires sur la fait que cette machine éclipse celle développée par l’équipe de Négroponte (OLCP qui visait le marché des pays en vois de développement). On lira ci-dessous que cet appareil est un succès auprès de ceux qui l’ont essayé.

Link: Game-changer: Asus Eee PC a win for Intel and Linux, at Microsoft’s expense.


L’art de la persuasion à 10 000 mètres

Intéressant. "High life", la revue de British Airways, a recruté le comédien bien connu, Michael Palin, pour éditer un numéro spécial. Dans sa lettre éditoriale, Palin souligne que ce qui était une activité prestigieuse il y a encore quelques années est devenu un cauchemar logistique pour les uns, et un geste irresponsable pour les autres.

Tous ceux qui ont voyagé par affaires sont familiers avec l’horreur que sont devenus les déplacements en avion. Mais comme ceux qui voyagent moins sont parfois envieux, il est utile de pouvoir compter sur des histoires de sécurité à n’en plus finir, de bagages perdus ou endommagés, de vols reportés ou annulés. Il faut souffrir pour voyager.

Ce qui est nouveau et possiblement plus problématique pour l’industrie, c’est le sentiment de culpabilité qui touche ceux qui réalisent qu’un vol trans-atlantique rejette autant de gaz à effet de serre qu’une automobile pendant un an. (3.5 Tonnes pour un vol YUL-CDG-YUL. Un calculateur pour avion se trouve ici. Un calculateur pour automobile )

Oh! Pas encore une angoisse très répandue, mais ici on ne peut plus plaider la souffrance. Tout au plus pourrait-on acheter sa neutralité. La pression est encore relativement modeste en Amérique. Nettement plus perceptible en Europe.

Bref, Palin nous rappelle pourquoi on voyage: parce que c’est dans nos gènes et parce que les voyages permettent de découvrir les autres.

Puis il nous invite à être responsables. Prendre le train si possible; respecter les habitudes des gens que nous visitons.

Intéressant de constater à quel point le thème de la responsabilité se développe. Les revues de compagnies aériennes ont toujous été, il me semble, un ramassis de belles images de destinations exotiques et de profils de gens extraordinaires.

Palin termine en écrivant que:

Voyager est un privilège assorti de responsabilités.


Le marketing des organes humains

Dans le cadre du cours de marketing responsable, nous nous penchons cette semaine sur la question de la pertinence d’un marché pour les organes humain.

Il est illégal de vendre un organe humain. Pratiquement partout. (voir ici le reportage de la BBC sur un pays oũ la vente de reins est légale et encadrée. Un rein est vendu pour $1000 et acheté pour $2000) Cette interdiction est motivée par la crainte de dérapages importants (ex: vol d’organes, exploitation de défavorisés, pressions en faveur de l’euthanasie, etc.)

Il est toutefois possible, voire désirable d’en faire le don.

Les progrès de la science médicale font que les déséquilibres entre offre et demande d’organes humains sont exacerbés de sorte qu’on observe l’émergence d’un important marché noir.

Intéressant de constater que les contenus retournés par une requête google sont majoritairement en faveur de la création d’un marché. Que ce soit un think-tank néo-libéral, une jeune bloggeuse ou des économistes très réputés.

Pour un survol plus complet, voci les lectures que nous assignons

1 Barnett, Andy H., Roger D. Blair and David L. Kaserman 1996 A Market for Organs. Society 33 (Sept-Oct) 8-17.

2 Kolnsberg, Heather R. 2003 An Economic Study: Should We Sell Human Organs? International Journal of Social Economics 30 (9/10) 1049-1069.

3 Delmonico, Thomas L and Nancy Scheper-Hughes 2003 Why We Should Not Pay for Human Organs. Zygon: Journal of Religion & Science 38 (September) 689-698.

4 Kishore, R.R. 2005 Human organs, scarcities and sale: morality revisited. Journal of Medical Ethics  31 362-365.

Article récent

Novelli, G., M. Rossi, L. Poli, V. Morabito, S. Ferretti, A. Bussotti, F. Nudo, G. Mennini, F. Antonellis, and P.B. Berloco (2007), “Is Legalizing the Organ Markeet Possible?” Transplantation Proceedings, 39: 1743-1745

Articles les plus cités

Cohen, Lloyd R. (1989), “Increasing the Supply of Transplant Organs: the virtues of a futures market,” George Washington Law Review, 58 (1): 1-51

Scheper-Hughes, Nancy (2000), “The Global Traffic in Human Organs,” Current Anthropology, 41 (2): 191-224


sellaband – marketing social de la musique

Vous connaissez sellaband.com ? Un concept intriguant où les artistes lèvent du financement ($50k) auprès de fans (believers) qui financent la production d’un album (à la hauteur minimale de $10). La distribution en MP3 est gratuite. Les believers, en plus d’avoir eu la satisfaction de permettre à un artiste qu’ils apprécient de se payer une production professionnelle, reçoivent un CD (token physique qui demeure important malgré tout). 

1) le modèle d’affaires est similaire à celui de kiva.org (qui met en relation des prêteurs et entrepreneurs qui recherchent du micro-crédit).

2) la littérature académique parle depuis relativement longtemps du rôle changeant du consommateur dans le processus marketing. On parle de co-création depuis quelques années (cf Prahalad et Ramaswamy : Prahalad est un des auteurs les plus influents en management stratégique). Mais franchement, cette vision était articulée de manière nettement plus bénigne (ex: développement de logiciel faisant appel à une communauté d’utilisateurs pour accélérer le processus, UGC, etc.)  Kiva.org et sellaband.com poussent le concept beaucoup plus loin, brouillant totalement la frontière entre producteur et consommateur. On peut toujours dire que eBay jouait aussi le rôle de simple organisateur entre des acteurs privés, mais le modèle de base des enchères n’a pas vraiment été modifié. Idem pour facebook, youTube et autres succès 2.0. Kiva et Sellaband (encore plus sellaband je crois) sont des plateformes qui permettent à un individu de devenir un producteur.

3) l’industrie conventionnelle de la musique est confrontée à l’implosion de son modèle d’affaires. Un articie intéressant dans Business Week. BW n’est absolument pas un périodique de geeks illuminés. L’analyse qu’ils publient, et surtout la collection de vignettes qu’il joignent à leur article, donne l’impression que le secteur comme on l’entendait est un mort en sursis.

4) Si vous mettez le doigt sur d’autres exemples à la kiva.org / sellaband.com, merci de me les relayer.

5) De manière traditionnelle, marketing social réfère à l’utilisation des techniques marketing à des fins sociales (bonnes causes). De plus en plus, marketing social est utilisé pour décrire des activités marketing visant l’univers 2.0. Je vais personnellement considérer sérieusement la possibilité d’utiliser l’expression marketing social pour décrire des activités de type kiva / sellaband — des activités de co-création.


Kiva – Idée géniale

Kiva.org est un site qui met en relation prêteurs et emprunteurs de micro-entreprises. Sur le site on trouve une grande variété de minuscules projets qui vont de l’achat d’équipement de pêche à la construction d’une pièce dans la maison en passant par l’achat de marchandises pour ouvrir une épicerie. Les montants requis sont minimes par nos standards. Significatifs pour ceux qui ont besoin de ce micro-crédit.

Mieux. Si un emprunteur potentiel a besoin de $500. 20 prêteurs peuvent cotiser chacun $25.

Meux encore. 100% des fonds qui sont prêtés vont dans les mains de l’emprunteur. On propose une contribution additionnelle pour aider au financement de Kiva.

Et toujours mieux. Kiva s’appuie sur des organismes locaux qui traitent les demandes. Des statistiques de risque sont disponibles sur chacun. (pratiquement aucune délinquance).

Et vachement bien fait. J’ai prêté $25 en quelques clics. Paiement Paypal. Me semble nettement mieux comme geste que d’acheter équitable ou de cotiser l’oeuvre caritative ABC. Il y a un projet. Un nom. Un suivi.

Et franchement impressionnant. Leur approche est tout ce qu’il y a de viral/social/2.0/appelons-ça-comme-on-le-veut-avec-le-mot-du-jour. Voir par exemple le bandeau qui apparait sur le côté de mon blog.

Primé ici et là. Tas d’appuis. Vraiment excellent comme idée.

Aux étudiants du cours de markleting responsable: Kiva est un exemple parfait de marketing social, dont le sens premier est celui d’une place de marché où les acteurs sociaux se prennent en main. Pas de leçons de morale. Des résultats.

Aux étudiants du cours entrepriseDigitale: Kiva est un excellent exemple de la profondeur des impacts qui se font sentir de plus en plus à tous les niveaux de la société. Kiva est un autre exemple de UGC (User Generated Content). Et tout comme youTube transforme les industries de la télé et de la publicité à une vitesse hallucinante, Kiva pourrait transformer l’industrie caritative. Dans une entrevue à l’emission Search Engine, la relationniste de Kiva faisait allusion au fait que leur projet a des points communs avec les réseaux sociaux à la FaceBook.