Blog analytique – trois observations

Un de mes étudiants du cours de eMarketing remarque qu’il n’a pas beaucoup de visiteurs sur son blog. Un autre me relaie un pointeur sur les outils analytiques du blogger. La porte est ouverte:

1. Oui, il y a des outils analytiques qui donnent une quantité appréciable d’informations sur le trafic généré par un blog. Il est facile (et gratuit) de compiler des statistiques globales. Nombre de pages vues, nombre de visiteurs uniques, provenance des visites (géographique, source: url de relais/mot-clés/visites directes), visites par pages, etc.

On obtient tout aussi facilement des données sur le clickstream (parcours des visites). Du "bounce rate" (nombre de visites limitées à une seule page), à la durée du parcours, en passant par une analyse plus ou moins fine de parcours-types (i.e. les visites commencent où et se terminent comment). Et là, on touche du doigt un concept important, celui de conversion, où on détermine une action désirée (par exemple, que le visiteur s’abonne à votre fil), qu’il est possible de formaliser avec des outils comme google analytics.

On peut enfin établir des mesures personnalisées. Attention ici. Les outils sont puissants mais ils ne vont pas retrouver votre nom. Ils vont toutefois garder trace d’une machine (pour déterminer s’il s’agit ou pas d’une première visite). Et archiver toutes les visites de cette même machine. Dans certains cas il sera possible de relier un individu à une machine. Par exemple, un visiteur qui laisse un commentaire signé sur un blog ouvre la possibilité de relier une machine (et/ou une adresse I.P.) à une identité.

J’utilise des outils analytiques pour suivre quelques statistiques globales. En particulier la provenance des visiteurs et les mots-clés qui amènent des gens. Instructif de constater que bon nombre de visites sont planifiées (ex: on recherche "stephane gauvin", ou on arrive d’un site de cours ou de l’université). Que d’autres sont pertinentes (i.e. on tape une requête comme "ebay enchères" ou "marketing responsable" et on tombe sur un billet pertinent). Et qu’un petit pourcentage sont accidentelles (i.e. on tape "responsable marketing" et on tombe sur un billet qui parle de marketing responsable).

2. L’analytique tend un piège. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, le piège guette l’auteur plutôt que le visiteur. Quel est le motif derrière un blog? Exprimer une idée ou être lu? Il y a une maxime qui dit qu’on ne gère que ce que l’on mesure. Or le web analytique mesure les visites. Pas le plaisir que vous retirez de formuler une idée. Pas la qualité de la formulation. Pas l’originalité de vos points de vue.

Alors le risque est de vouloir jouer le jeu d’augmenter le nombre de visites. Les moyens sont infinis.

Le piège est que l’auteur risque de prendre une décision sans s’en rendre compte. Si vous bloggez dans un contexte d’entreprise, que l’entreprise soit le blog lui-même ou un véhicule de relation publique, les règles du jeu sont, je suppose, relativement claires d’entrée de jeu. Elles le sont moins dans le cas d’un individu qui exprime ses intérêts personnels. Au risque de pousser l’exemple au-delà de ce qu’il convient – je ne vous conseillerais pas d’utiliser un système analytique pour suivre la qualité de vos relations personnelles. Amis, amants, parents, enfants. Les mesures deviennent des monnaies d’échange qui sont corrosives.

Un exemple frappant – handbrake est une communauté qui collabore au développement d’un logiciel d’archivage de DVDs. Ils ont posé le geste conscient de ne pas accepter de dons (lire ici) afin de protéger l’éthos de leur groupe. D’éviter les dérives qui porteraient les efforts du groupe dans la direction de générer davantage de revenus plutôt que de générer du code plus performant. Cette communauté de développement protège ses intérêts premiers au point de confronter ouvertement certains de leurs utilisateurs dans un langage qui provoquerait des apoplexies chez les responsables CRM d’entreprises de marché.

3. Ce qui explique la professionnalisation de la blogosphère. Et la convergence surprenante du contenu blog avec l’opinion publique. Parce que les blogs sont à la recherche d’attention. Goldhaber écrivait il y a déjà longtemps que l’Internet n’était pas gouverné par les lois de l’économie de l’information (qui est super-abondante) mais par celles de l’économie de l’attention (qui est en quantité limitée).

Bref — si vous visez un plaisir dilettante, ne vous investissez pas trop dans l’analytique. Si vous vise de retombées monétaires (économiques au sens étroit), l’analytique devient un allié important. Bien que pas un substitut au génie, au travail, à la création. Mais oui, un outil important.

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NYT: Nocera vise juste

Deuxième article de Nocera en quelques jours où je ne peux m’empêcher de penser qu’il voit très juste (ce qui veut probablement dire qu’il voit juste comme moi 🙂

Le premier parlait des vrais raisons derrière de succès d’Amazon (en 2 mots — l’importance qu’on accorde au client)

Aujourd’hui il parle de l’offre d’acquisition de Yahoo! par Microsoft. Mérite d’être lu.

Et il y a cette remarquable conclusion:

Link: A Giant Bid That Shows How Tired the Giant Is – New York Times.

I think back to the fall of 2005, when Bill Gates visited The New York Times, and an editor asked him if Microsoft “would do to Google what you did to Netscape?”

“Nah,” laughed Mr. Gates, “we’ll do something different.” This ain’t it.

—–

Mais si on en revient au fondement: Microsoft serait devenu "lent, bureaucratique, incapable de réagir". Et l’acquisition ne sera pas la fontaine de jouvence pour microsoft, mais plutôt l’inoculation du virus bureaucratique dans la culture Yahoo!

Peut-on lutter? Doit-on? Est-ce un cycle parfaitement normal tout comme le cycle de vie d’un individu?

Et si le cycle bureaucratique est la transposition du cycle de vie de l’individu, que faut-il penser des individus qui veulent rester créatifs?

Ma réponse pour le moment, est qu’il est possible qu’une organisation (ou un individu) demeure agile. Tout dépend de comment on investit. On investit de manière concentrée pour dominer un secteur. On investit dans plusieurs secteurs pour demeurer flexible.

Je ne suis pas convaincu qu"il soit vraiment vraiment vraiment possible de combiner les deux disciplines dans un monde compétitif. Je prends ma profession, où les diversifiés risquent de devenir dilettantes suspects, où les sectoriels risquent de devenirs fossiles….


Microsoft + Facebook + Yahoo!= Google?

Aussi bien ajouter mon grain de sel…

La nouvelle de la journée est certainement l’offre de Microsoft de se porter acquéreur de Yahoo! L’offre est alléchante pour les détenteurs d’actions de Yahoo! non seulement parce qu’elle représente une prime de 60% sur la valeur du titre (à la veille de l’annonce) mais surtout parce que les perspectives n’étaient pas tout ce qu’il y a de plus génial pour Yahoo!

L’argument avancé est qu’une intégration Microsoft+Yahoo! permettrait de faire contrepoids à Google qui est (très) rapidement devenu la force dominante sur Internet.

En fait je me demande si l’offre ne risque pas, au contraitre, de confirmer la force de Google. Si l’intégration ne risque pas d’accélérer le repli de Yahoo!

Au fil des ans, l’image de Microsoft s’est détériorée. Dans les années ’80, Gates et Jobs étaient un peu l’équivalent de Brin et Page (de Google). Jeunes, hyper brillants, partant à l’assaut de l’informatique corporative à la IBM. C’est Apple, puis surtout Microsoft qui ont contribué à placer un ordinateur sur chaque bureau, et non pas un vulgaire terminal.

Les rôles sont inversés. IBM a vécu des crises importantes avant de se retrouver. En partie en se recyclant dans le logiciel libre. Microsoft est devenu synonyme d’informatique corporative. C’est le IBM d’il y a 20 ans. Et Google est le Microsoft/Apple d’alors. Je ne suis absolument pas certain que l’implication de Microsoft augmente les chances de succès d’une entreprise www. Les problèmes d’image de Facebook ont commencé peu de temps après l’implication de microsoft…

Ce qui pose problème est que dans la "nouvelle économie", il n’y a pas vraiment de place pour deux. Bref, même si j’anticipe que 2008 sera une année intéressante, je serais porté à parier que Google gagnera la guerre.  À court terme c’est une autre histoire — Microsoft a annoncé des résultats qui ont dépassé les attentes, l’inverse de Google. Le momentum a basculé.


Salaires des diplômés

Je lisais dans un document interne que le salaire médian de nos finissants en MBA eBusiness est de $63k. Pas trop mal. Nettement mieux que le salaire médian de nos finissants MBA dans d’autres disciplines.

Les finissants de Stanford font mieux. Ce que je retiens est l’intérêt suscité par leur cours portant sur Facebook. Un cours très appliqué où les étudiants ont développé des applications distribuées sur FB.

IL y a toujours une certaine tension entre le concept d’une formation universitaire générale, fondamentale et durable, d’une part, et une formation universitaire technique, spécialisée, contextualisée d’autre part.

Le marché privilégie la seconde approche.

Link: Google, Facebook Battle For Computer Science Grads. Salaries Soar..

This year, Facebook is said to be offering $92,000, and Google has increased some offers to $95,000 to get their share of graduates. Students with a Masters degree in Computer Science are being offered as much as $130,000 for associate product manager jobs at Google.

Apparently the popular Facebook Applications class is getting a lot of attention


Test de Flock

Dryke vient de me faire découvrir flock. Flock est un fureteur Internet qui a la particularité d’intégrer des sites sociaux comme Twitter et Facebook et de permettre d’écrire des billets sur son blog sans devoir s’y connecter (ce que je fais présentement).
   
 

Blogged with Flock


Web social et enseignement

Merci à Simon Bédard pour un excellent pointeur qui parle de Facebook dans le contexte de l’enseignement. De fil en aiguille, je découvre l’excellent blog de Martin Weller un professeur qui s’intéresse à l’utilisation des technologies de l’information dans le contexte de l’enseignement, et sur le débat organisé par The Economist quant à l’impact du web social sur l’enseignement.

On y retrouve des opinions que je partage:

1) oui, le web social a un impact sur l’enseignement. Mais attention, je ne pense pas qu’il soit universel.  Pour les gens motivés et branchés, l’impact positif est important et évident. Mais l’enseignement est aussi, parfois, "administré" à des gens qui s’y soumettent plus ou moins à contrecoeur. Dans ces cas il y a risque important de dérapage.

2) Signes que Facebook est plus ou moins adapté. Oui, tout à fait. Facebook est massivement utilisé par les étudiants de sorte que de créer un groupe de cours est très facile. Mais l’obligation d’aller sur le site réduit considérablement son utilité. Pour le cours de eMarketing, le groupe existe mais le contenu n’apparait pas spontanément, et les avantages que nous pourrions en retirer ne semblent pas justifier l’effort. En lisant un billet de Weller qui fait des adieux à Facebook, je déduis que les attentes vis-à-vis de cette plateforme ne se sont pas matérialisées (ce qui ne veut pas dire que le modèle est mort)

3) Et Gautrais cite Weller quant à l’apparition d’outil plus performants, tels que Twitter. Tout à fait. 100%

4) Il y a des choses qu’il faut faire pour les comprendre. Sans aucun doute. Impossible d’expliquer Twitter. (microblogging!?) Difficile d’expliquer Reader (abonnement à des fils RSS!?). Ces services ne correspondent à aucune réalité physique qui permettent à quelqu’un de se faire une image précise.

4) le dialogue entre étudiants ne se satisfait pas des plateformes institutionnelles. Ambivalence. Certains préfèrent les environnements institutionnels. Même s’ils sont plus limités, ils sont plus prévisibles. Je constate un écart important, grandissant, entre les étudiants en ce qui concerne ces nouvelles pratiques. Même dans les cas les plus bénins. Rédiger un commentaire sur un blog ressemble à s’y méprendre à la rédaction d’un compte-rendu de lectures qu’on remet au professeur. Sauf que sur un blog, il est public. Les autres participants au cours peuvent le lire. Commenter. Suggérer. Critiquer.

Ceux qui sont technophiles auront probablement intégré les fils dans leurs lecteurs de sorte qu’il peuvent parcourir l’ensemble des contenus en quelques secondes. D’autres ne savent pas comment faire. Les uns seront possiblement tentés de s’impliquer. Et l’implication contribuera radicalement à la qualité de leur apprentissage.


#1 Marketing conventionnel vs emarketing

Cette semaine nous explorons les éléments fondamentaux du eMarketing.

Première observation: dans le domaine des ventes enLigne, l’évolution est remarquablement constante. Le US Bureau of Census mesure l’activité depuis 2000. La progression des ventes est constante, à un peu moins de 20% par an comparativement à une croissance de 3% pour l’ensemble des ventes au détail.

Ce qui frappe: aucune trace de bulle spéculative. Progression constante. Forte mais pas stupéfiante. Absolument rien à voir avec la fluctuation du cours des actions des entreprises actives dans ce secteur (ex: AMZN). La progression des ventes enLigne est stable depuis qu’elle est mesurée. Elle ne dévie pas. Ce sont les humeurs du moment qui font que les entreprises s’activent fébrilement ou sortent en catastrophe. Une industrie en progression de 20% par an ne peut pas justifier les attentes d’investisseurs irrationnels. Mais comme une industrie en progression de 3% (ventes conventionnelles) est nettement moins intéressante, le champ de bataille pour le futur de plusieurs secteurs est sans contredit sur l’Internet. Ce qui permet de comprendre que les attentes ne sont, finalement, peut-être pas si irrationnelles que ça. Regardez encore le titre Amazon. "Folie spéculative" en 1998-1999. "Éclatement de la bulle spéculative" en 2000-2001. AMZN se transige aujourd’hui pas si loin des "sommets fous" de 1999. Lisez ce qu’en dit Nocera dans le NYT. Amazon est une… "entreprise durable".

Bref, l’avenir des entreprises dépend largement, dans plusieurs industries, de leur capacité à capitaliser sur les opportunités d’affaires offertes par (ce que nous appelons pour simplifier) Internet.

Seconde observation: il y a un changement fondamental dans la philosophie d’entreprise. Les deux articles obligatoires du premier module (Porter et Tapscott) illustrent bien. Porter écrit que l’Internet est une façon différente de faire des affaires, mais que les affaires sont les affaires. Tapscott écrit que l’Internet change tout parce que l’entreprise doit penser réseau, d’abord et avant tout. J’espère que vous serez capable de mesurer l’importance de ces perspectives. Je vous avoue pencher davantage du côté de Tapscott, tout en ajoutant que les exemples qu’il apporte donnent le frisson (Enron et Nortel networks, entre autres). Retenons que l’Internet offre des opportunités de changement.

Pour apprécier la nature du débat, jetez un oeil sur Prahalad et Ramaswamy The Future of Competition (2004). Pas le livre, mais les commentaires. Très très partagé. L’idée de base des auteurs est que l’entreprise doit se concevoir comme étant partenaire de ses clients. Il y aura co-création de valeur. L’entreprise travaille de concert avec ses clients. Au moment où j’écris ces lignes, Amazon affiche la critique du Publishers Weekly. Qui confond "customer is king" avec "co-creation". Parce que le point essentiel de Prahalad et Ramaswamy est que le consommateur devient un partenaire actif. Or on ne fait pas de recherche d’opinion sur un partenaire actif — on l’écoute. On n’arrose pas un partenaire actif de publicité, on lui parle. On ne fait pas un produit que l’on met en vente — on développe ensemble, chacun sa portion.

Ce que Publishers Weekly qualifie de "turgid" a donné quelques années plus tard le concept de UGC (User generated content). Et si c’est encore trop opaque pour le lecteur qui ne comprend pas — le UGC c’est youTube, où l’essentiel du contenu est contribué par des co-créateurs (vous et moi). Et Facebook/mySpace. Ou maemo (plus marginal mais c’est une communauté qui travaille avec Nokia au développement d’une plateforme logicielle pour une tablette Internet).

C.K Prahalad
n’est pas un auteur obscur. C’est un visionnaire qui a le courage de se remettre en cause. C’est aussi quelqu’un d’extrêmement influent.

L’importance du changement "possible" ne  peut pas être surestimée.   

Troisième observation: le web social et la mobilité sont les deux vecteurs à surveiller pour le moment. Ou en d’autres mots — toujours branchés. Web social. On ne parle que de ça et oui, il faut prévoir une lassitude. Il y aura probablement là aussi des désillusions de la part de ceux qui veulent trop, trop rapidement. Je ne vois pas comment justifier la valeur de Facebook à $15G. Mais il n’y a aucun doute que l’internet est social. Que c’est un outil de communication. En passe de détrôner la télévision, un médium hyper-centralisé (possiblement, mais en fait, c’est ça la question essentielle). Le web est social, l’entreprise ne peut plus contrôler le message.

Le web est aussi, de plus en plus, partout. La quincaillerie est maintenant disponible. iPhone, série N, HTC, etc.) Ailleurs qu’au Canada, la connectivité aussi. (au Canada les tarifs données sont absolument exhorbitants. Les forfaits illimités sont à $50 aux USA, 39 euros en France. Inexistants ici. Le moins cher ressemble  à  $0.01 du KB.  Qui semble pas mal mais veut dire plusieurs centaines de $ pour un usage normal. Et il y a ce cas mythique de la facture de $85 000)

Bref, dans ce premier module, il est question de progression prévisible et de changements radicaux. La liste des lectures est encore convenable mais vieillissante. J’attends vos commentaires et suggestions avec impatience.

mes pointeurs seraient:

Prahalad et Ramaswamy (2004) un article qui parle du concept de co-création
Mann (2004) un article qui n’a rien à voir, mais qui est écrit par un des auteurs les plus imaginatifs en ce qui concerne le web omniprésent. Il parle de eyeTap, pour capturer en temps réel ce que l’on voit. Ahurissant, mais qui aurait cru qu’un jour quelqu’un ressentirait le besoin d’écrire "Help Me" sur twitter?